La Part de l’autre – Éric-Emmanuel Schmitt

Depuis quelques semaines, un mouvement s’est mis en branle pour enrayer le racisme encore présent dans nos sociétés. J’ai compris, après toute la médiatisation qu’il y a eu au sujet des brutalités policières que, même si je suis bien informée sur les réalités des minorités visibles en milieu de travail grâce à mon emploi, je suis très peu au courant de ce qu’elles vivent dans leur quotidien, particulièrement en ce qui a trait au vécu des personnes noires. Le fait est que, et c’est très gênant, je n’ai lu qu’une seule auteure noire au cours de ma vie (Malorie Blackman pour sa tétralogie Entre chiens et loups). Je n’ai aucune excuse, c’est très mal de ma part. Mais cela va changer et ce changement va perdurer. Mon blogue est une façon d’apprendre et de donner une voix à toutes les causes qui me tiennent à cœur. Je tâcherai donc de soutenir ici le plus possible la diversité culturelle.

En attendant les livres que j’ai commandés chez ma librairie indépendante, je publie aujourd’hui mon avis sur le roman La Part de l’autre d’Éric-Emmanuel Schmitt. Même s’il ne s’agit pas d’un lien direct avec les personnes noires et les discriminations qu’elles vivent quotidiennement, il est question du racisme, sujet très présent dans l’actualité en ce moment. En effet, la Seconde Guerre mondiale représente dans l’imaginaire de beaucoup d’Occidentaux, le summum de la cruauté humaine dans les temps modernes, car en plus du terrible génocide des personnes juives, les personnes noires, homosexuelles et handicapées étaient aussi envoyées dans les camps de concentration. Sans plus attendre, voici ce que j’ai pensé du roman.

 

La Part de l'autre, SCHMITT, ERIC-EMMANUEL © LE LIVRE DE POCHE 2003
La Part de l’autre, SCHMITT, ERIC-EMMANUEL © LE LIVRE DE POCHE 2003

L’HISTOIRE EN BREF

En 1908, Adolf Hitler est refusé à l’École des beaux-arts de Vienne. À partir de ce moment, la vie qu’il avait rêvée le rejette. Pas un sou, sans famille, sans plan B, il devra se frayer un chemin et passer à travers des moments difficiles qui forgeront son caractère et ses idées jusqu’à l’homme destructeur que le monde a connu. Mais, que serait-il advenu de cet homme s’il avait été accepté pour devenir peintre? Et si une minute de son histoire avait changé le cours du monde entier? Le roman nous plonge, en parallèle aux événements réels, dans un récit où l’on découvre Adolf H., alter ego fictif d’Hitler, et la vie qu’il aurait pu mener si les circonstances avaient été différentes.

MON AVIS EN QUELQUES POINTS

  • En théorie, ce roman était une bonne idée. Il permet de montrer qu’Adolf Hitler était un humain comme les autres, mais qu’il a décidé de nourrir la pire partie de lui-même au lieu de la meilleure. Cela fait réaliser que n’importe qui peut devenir Adolf Hitler. Par contre, en pratique, j’ai moins aimé sa réalisation, car j’ai plus ou moins trouvé les deux personnages d’Hitler crédibles. En effet, même si l’un des deux est fondé sur des faits réels, l’auteur a comblé à plusieurs reprises les écarts entre ce qui est connu et ce qui ne l’est pas par son imagination et a rendu ce personnage très peu nuancé alors que la nature humaine est beaucoup plus complexe que ce qu’il insinue. Pour l’autre personnage, tout à fait fictif celui-là, il est allé tout à l’opposé. Il est donc vite tombé dans les deux extrêmes qui ne m’ont pas convaincu, mais que, j’imagine, était une façon de captiver facilement le lectorat.
  • Plusieurs passages probablement imaginés par l’auteur n’étaient pas vraisemblables. Je m’explique en donnant un exemple. Depuis le début du livre, on dit que Hitler n’est pas capable de s’exprimer en public, qu’il n’a pas de charisme. Tout à coup, sans aucune explication, à part le fait que la haine semble le transcender et l’utiliser pour prêcher sa foi, il surpasse ses professeurs et les gens boivent ses paroles. J’ai trouvé ce passage (et plusieurs autres) tiré par les cheveux. À mon avis, cela montre que l’auteur manquait d’informations et donc de recul ainsi que de compréhension du personnage. On ne devient pas orateur ou oratrice du jour au lendemain à l’improviste. En tout cas, je n’y crois pas.
  • Malgré ces deux bémols, j’ai bien aimé la plume d’Éric-Emmanuel Schmitt. Ce n’est pas la première fois que je lis cet auteur et je trouve que son style d’écriture est constant dans ses œuvres. On le reconnaît facilement. Son style est fluide et pas trop provocant; le sujet l’est suffisamment de toute façon. De belles citations à saveur philosophique parsèment le livre et pousse le lecteur à réfléchir.
  • De plus, j’ai apprécié la version du monde de l’auteur s’il n’y avait pas eu de Deuxième Guerre mondiale. Je trouve qu’elle était plausible et j’en aurais même pris un peu plus. Et c’est là que l’exercice d’écriture de ce roman aurait pu devenir encore plus intéressant, car malheureusement la Deuxième Guerre mondiale a été un choc terrible, a été le réveil brutal du monde entier sur la dangerosité du racisme. Sans cette guerre et sans la révélation des atrocités des camps de concentration, est-ce que le racisme aurait été pris autant au sérieux? Est-ce que les choses auraient autant bougé? Comprenez-moi bien, le racisme est loin d’être éradiqué en Occident. Il est peut-être plus caché, plus insidieux, mais il n’est pas invisible. Surtout quand des gens meurent encore aujourd’hui pour la couleur de leur peau. Mais ces questionnements ont à peine effleuré le papier…

MES CITATIONS FAVORITES

« Alors que tant de mal se fait sur cette planète, personne n’aspire au mal. Nul n’est méchant volontairement, même le plus grand rompeur de promesses, le pire des assassins ou le dictateur le plus sanguinaire. Chacun croit agir bien, en tout cas en fonction de ce qu’il appelle le bien, et si ce bien s’avère ne pas être celui des autres, s’il provoque douleur, chagrin et ruine, c’est par la voie de conséquence, cela n’a pas été voulu. » (p.459)

« Tout le monde se trompe, le génie comme le demeuré, et ce n’est pas l’erreur qui est dangereuse mais le fanatisme de celui qui croit qu’il ne se trompe pas. » (p.461)

« Un homme est fait de choix et de circonstances. Personne n’a de pouvoir sur les circonstances mais chacun en a sur ses choix. » (p.473)

MA NOTE (/5)

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