L’Écosse, le pays des aventures

J’ai l’impression que l’Écosse est un pays sous-estimé et, pourtant, c’est l’un des endroits où j’ai vu les plus beaux panoramas de ma vie! Il est certain que ce n’est pas l’endroit idéal pour se faire griller au soleil, car la température est tellement changeante : il n’est pas rare qu’on y vit les quatre saisons dans une même journée. Reste que l’Écosse aura toujours une place particulière dans mon cœur, car c’était notre première destination de voyage en amoureux et aussi parce que les aventures que nous y avons vécus étaient tout simplement épiques!

 

L'Écosse, le pays des aventures
Le Maître de Ballantrae , STEVENSON R L © FLAMMARION 1989

 

Lors d’un tour guidé gratuit sur les histoires de fantômes et d’esprits errants de la ville d’Édimbourg, j’ai appris que l’auteur de L’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, Robert Louis Stevenson, était écossais. Je n’avais jamais lu ce récit fantastique, mais en avais beaucoup entendu parlé tout comme les autres récits du même genre tel que Dracula et Frankenstein. Ma curiosité éveillée, j’ai voulu en apprendre plus sur l’auteur et lire quelques-unes de ses œuvres.

J’aurais pu vous résumer l’histoire de L’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. Toutefois, puisque l’histoire ne se passe pas en Écosse, mais à Londres, en Angleterre, et que cette ville a déjà été couverte dans un article précédent de la série Voyage littéraire, ce sera plutôt le rocambolesque roman d’aventures Le Maître de Ballantraequi sera la vedette de cet article.

En résumé, cette histoire nous transporte au 18esiècle dans une famille fortunée d’Écosse au manoir des Durrisdeer où vivent deux frères. L’aîné de la famille, James, celui qu’on nomme le Maître de Ballantrae, ainsi que le cadet, Henry. Le premier, charismatique et rusé, est le favori de son père et des villageois, même s’il mène une vie de débauche. Le deuxième, quant à lui, plus réservé, mais aussi plus respectable, vit dans l’ombre de son frère et tente de réparer les inconduites de l’aîné dans le plus grand des secrets.

En 1746, James prend part à la guerre civile du côté des rebelles écossais malgré les protestations de son frère et de son père. Lors de la défaite des jacobites à la bataille de Culloden, il est présumé mort et tout s’écroule autour de la famille Durie… jusqu’au retour de James des années plus tard. Reprochant à Henry d’avoir pris sa place, son titre, sa fiancée, son argent et ses biens, il le persécute et tentera de se venger jusqu’à la fin de sa vie.

« Peu importe l’origine de l’animosité du comte; mais comme il avait la ferme intention de se venger, sans aucun risque pour lui-même, il n’en dit rien au baron. C’est en effet le premier principe de la vengeance : une haine avouée est une haine impuissante. »

Cette citation est tirée d'une histoire que le Maître de Ballantrae raconte à l’intendant du manoir Durrisdeer. Elle en exprime long sur les objectifs du personnage ainsi que sur les thèmes du roman.

Intrigant, n’est-ce pas? Cette fiction possède tous les éléments pour plaire : une histoire de famille, de vengeance, de voyages outre-mer, d’opposition entre le bien et le mal, de trouble de la personnalité… sans parler d’une narration hors du commun et de l’ambiance sombre et glauque qui convient parfaitement au pays des « brumes éternelles »!

Pour ma part, j’ai été conquise. Je pouvais très bien me remémorer les paysages d’Écosse en la lisant, car elle prenait place durant des événements qui se sont réellement produits au pays. Aussi, j’ai beaucoup aimé que les aventures se déroulent sur mer ainsi que dans d’autres pays, comme l’Inde et les États-Unis. Ça permet de découvrir les contextes de l’époque des pays en question. Puisque l’auteur a lui-même vécu dans plusieurs d’entre eux, il pouvait écrire à leur sujet de manière très réaliste.

Crédits : Vincent Belletête

De plus, la complexité et la profondeur des personnages principaux m’a beaucoup plu.

« Ballantrae décidait à pile ou face de notre direction; et une fois, comme je lui reprochais cet enfantillage, il me fit une réponse que je n’ai jamais oubliée :

-      C’est le meilleur moyen que je connaisse d’exprimer mon dédain de la raison humaine. »

Ici, c’est le premier indice qui nous montre que l’aîné des frères n’’utilise pas son intelligence à bon escient, c’est-à-dire pour faire le bien ou pour prendre des décisions importantes. Tout ce qu’il veut, c’est de vivre des émotions fortes et des aventures. Pourtant, cet homme éduqué se servira de son intelligence et de son charisme pour se sortir des situations les plus dangereuses ou les plus invraisemblables.

Par ailleurs, j’ai beaucoup apprécié la narration. C’est l’intendant du manoir Durrisdeer qui raconte l’histoire et qui, dès le début, annonce une fin tragique. Voilà de quoi capter notre attention rapidement! Aussi, il nous explique dès le départ qu’il est toujours resté fidèle et loyal à Henri, le plus jeune des frères. Ce qui fait en sorte qu’il nous dépeint le personnage principal (James) de son point de vue, c’est-à-dire de manière peu glorieuse. J’ai trouvé cela différent de ce qu’on lit habituellement et probablement qu’il était l’un des premiers à le faire. Par contre, il succombera lui aussi peu à peu au charme de James, ce qui illustre également la complexité des relations entre les personnages.

Crédits : Vincent Belletête

Cependant, je ne peux pas passer sous silence trois éléments m’a déplu. C’est minime, mais c’est ce qui m’a tout de même retenu de donner une note de 5 sur 5 sur Goodreads.

Premièrement, j’ai eu un peu de difficulté à embarqué dans l’histoire, car la lecture est ardue, surtout au début. Cela m’a pris un certain temps avant de m’adapter au style plus soutenu de l’époque.

Deuxièmement, le narrateur a une très basse opinion des femmes, ce qui m’a dérangé, car j’ai eu l’impression que c’était aussi l’opinion de l’auteur. En effet, dans toute l’histoire, on nous présente que deux femmes sans grandes qualités, ou du moins, c’est ainsi qu’elles nous sont dépeintes. Néanmoins, comme pour Peter Pan, je suis capable de remettre le tout dans le contexte de l’époque.

Troisièmement, lorsqu’il est question des autochtones ou des indiens, certaines phrases ou certains mots ne pourraient jamais être utilisés aujourd’hui sans être considérés comme étant racistes. Pourtant, l’auteur a côtoyé différentes civilisations autochtones que ce soit dans les Adirondacks ou dans les Samoas où il était particulièrement apprécié. Mais comme pour sa perception des femmes, nous devons comprendre les perceptions de l’époque pour mieux accepter les termes utilisés.

Malgré ces défauts, j’ai beaucoup aimé ma lecture que je classe dans mes « lectures amères » étant donné ses thèmes sombres et sa fin tragique. Si le style d’écriture plus littéraire ne vous effraie pas, je vous recommande chaudement ce roman d’aventures qui prend place en Écosse, pays que j’affectionne. Je vous recommande également de visiter ce pays si vous en avez la chance!



Laisser un commentaire