Au péril de la mer – Dominique Fortier

Titre doré, peinture à l’huile des années 1 400, prix littéraire du gouverneur général : comment passer à côté de ce roman sans le remarquer? Dès que mes yeux se sont posés sur Au péril de la mer de Dominique Fortier il y a quelques mois, je n’ai pas pu résister. Je ne savais pas à quoi m’attendre de ce livre, car j’avais à peine jeté un coup d’œil à la 4e de couverture. Ma lecture maintenant terminée, mon enthousiasme a diminué de quelques crans.

 

Au péril de la mer , FORTIER, DOMINIQUE © ALTO 2015
Au péril de la mer , FORTIER, DOMINIQUE © ALTO 2015

 

L’HISTOIRE EN BREF

À treize ans, une future romancière visite le Mont-Saint-Michel dont elle reste fortement imprégnée pour le reste de sa vie. Vingt-cinq ans plus tard, elle y retourne et, dans un carnet, commence à écrire une histoire : celle d’un peintre qui se réfugia entre les murs de l’abbaye au quinzième siècle, l’époque à laquelle cette dernière était reconnue comme la Cité des livres, afin d’oublier un amour perdu à jamais. Les pages du carnet alternent entre les notes personnelles de l’auteure sur le Mont-Saint-Michel et l’histoire fictive du peintre.

 

MON AVIS EN QUELQUES POINTS

  • J’ai eu du mal à m’habituer à la forme du roman. Je trouvais que le cahier de notes faisait une coupure dans la lecture de l’histoire du peintre et je ne voyais pas vraiment de liens entre les deux. Je crois que j’aurais préféré que les notes du carnet servent précisément à expliquer des éléments de l’histoire afin de moins perdre le fil plutôt que des faits divers.
  • Par contre, cela ne veut pas dire que je n’ai pas apprécié lire les pages de notes. Au contraire, elles donnaient beaucoup d’informations sur la vie au quinzième siècle et sur la langue de l’époque. Beaucoup de mes proches savent à quel point j’aime tout ce qui touche de près ou de loin la linguistique! Par exemple, l’auteure notait l’évolution de l’étymologie et de la définition de certains mots ou de certains concepts. Saviez-vous que, pendant longtemps, il n’y avait pas de mot pour désigner le bleu, l’une des trois couleurs primaires? C’est fascinant!
  • En ce qui concerne l’histoire fictive du peintre, elle m’a un peu déroutée. Elle n’est pas tout à fait sans intérêt, car elle m’a fait connaître un monument historique important pour la culture occidentale, la science et, bien sûr, la religion, mais je n’ai pas trop compris où elle nous menait. J’avais l’impression d’attendre « quelque chose » qui n’arrivait pas, comme si je n’avais pas su comprendre le contrat de lecture que l’auteure me tendait. Malheureusement, Du bon usage des étoiles de la même auteure m’avait aussi fait cet effet…
  • Malgré tout, j’ai énormément apprécié la plume de l’écrivaine. Elle a un style d’écriture que je décrirais de « doux » et de « romantique », même si je ne saurais expliquer pourquoi. Elle a une façon de me surprendre avec les mots qu’elle choisit. C’est une conteuse, il n’y a pas de doutes!

 

MES CITATIONS FAVORITES

« En vérité, j’avais peur, comme chaque fois qu’on revient sur les lieux de son enfance, de les trouver diminués, ce qui signifie de deux choses l’une : ou bien ils ne nous étaient apparus grands que parce que nos yeux étaient petits, ou bien nous avions perdu en route la faculté d’être ébloui, deux constatations également accablantes. » (p.7)

« Le plus difficile en essayant d’écrire le passé, ce n’est pas de tenter de retrouver la science, la foi ou les légendes perdues, de faire ressurgir les gargouilles et les tailleurs de pierre; c’est d’oublier le monde tel qu’on le connaît; c’est, dans ce monde d’aujourd’hui, d’effacer tout ce qui n’existait pas encore, tout ce qui existait mais échappait à la vue ou à l’entendement. » (p. 81)

« Avant le bas Moyen-Âge, on n’avait pas de mot pour nommer le bleu dans les langues européennes. On considérait cette teinte comme une nuance soit de blanc, soit de noir, soit de vert, selon qu’il s’agissait d’un bleu clair, d’un bleu sombre ou d’un bleu glauque. Que l’on n’ait pas su, il y a mille ans, nommer le violet, l’orange ou le rose, cela paraît concevable : ce sont des teintes complexes qu’on ne retrouve pas si fréquemment dans la nature. Mais qu’on n’ait pas eu de nom pour l’une des trois couleurs primaires, celle qu’on associe aujourd’hui au ciel et à l’eau, a quelque chose de vertigineux. » (p.160)

 

MA NOTE



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